Les chien de bergers, ces incompris !
Ce qu’on imagine…et ce qu’on vit vraiment.
Depuis quelques années on voit des chiens de berger partout: border collie, shetland, berger et bouvier australien etc. Ces chiens sont partout, et encore plus dans une région comme Annecy où la plupart des gens sont sportifs. Les bergers ont la cote, ils sont beaux, intelligents et toujours partants à nous suivre dans toutes les aventures. Oui mais voilà, avoir un berger c’est pas toujours aussi lisse que ce qu’on en voit sur les réseaux sociaux. Les bergers sont des chiens réactifs par nature, au sens littéral du terme et vivre avec eux peut vite devenir un challenge de tous les instants. En réalité, bon nombre de propriétaires n’ont pas pris en compte leur véritable nature, ni ce pour quoi ils ont été créés. Et si ces chiens sont bourrés de qualités, elles peuvent malheureusement rapidement se retourner contre nous.
Si tu as un berger et que tu trouves que le quotidien est parfois difficile, alors cet article est pour toi. Et si souhaitez en adopter un prochainement, lis-le avant !
La réalité du chien de berger
Un chien créé pour travailler
Les chiens de berger ont été sélectionnés pendant des siècles pour une seule chose : travailler des heures sans s’arrêter, en prenant des décisions plus ou moins en autonomie, en collaboration constante avec un humain. Ce n’est pas un chien conçu pour attendre sagement que le week-end arrive.
Un chien de berger sans travail, c’est un chirurgien sans bloc opératoire. Il a été sélectionné pour faire ce job et son instinct va s’exprimer, d’une façon ou d’une autre même dans un appartement tout confort, loin de tout mouton.
Concrètement, ça donne quoi ? Ces chiens peuvent chercher à pincer, à poursuivre des objets en mouvement, à rassembler et bougent en permanence. Ce ne sont pas des défauts ou des problèmes à résoudre, ce sont simplement ce pour quoi ils sont câblés génétiquement.
L’intelligence : le piège le plus fréquent
C’est souvent une des principales raisons mises en avant lors de leur adoption. Oui, les bergers sont plutôt intelligents, en tout cas ils comprennent vite, sont souvent disponibles et ils adorent faire des choses avec leurs humains.
Le problème, c’est donc plutôt ce qu’on en fait, ou non. Un chien très intelligent dans un environnement sous-stimulant ne s’endort pas sagement dans son panier. Il invente et trouve des occupations pour répondre à ses besoin. Et spoiler, c’est rarement celles qu’on avait prévues ! L’intelligence sans exutoire peut vite se transformer en anxiété, en réactivité, ou en comportements obsessionnels.
Une sensibilité qu’on imagine pas
C’est l’aspect le plus sous-estimé, et souvent le plus difficile à vivre au quotidien. Afin d’être réactif au troupeau et de pouvoir réagir en quelques secondes face à une brebis on a sélectionné des chiens sensibles, qui captent vie. Du coup ils captent tout : les émotions, les tensions, les incohérences de leurs humains, les milliers de stimulations de leur environnement. Ce sont un peu les HPI de la population canine.
Ce trop plein de stimulations peut rapidement faire déborder le vase et les saturer d’informations. Par exemple vivre en ville pour un berger n’est pas toujours évident. Le bruit, les lumières, les mouvements, le monde : tout les stimule et tout peut devenir source de stress. Et avec leur cerveau qui prend note de tous les stimulis dur dur de se relaxer et d’arriver à juste ignorer ce qu’il se passe autour. Leur cerveau n’est pas prévu pour ça !
Les idées reçues les plus fréquentes
« Je suis sportif, donc c’est le chien qu’il me faut »
C’est l’idée reçue numéro un dans une région comme Annecy. Et elle est partiellement vraie, un berger avec un humain actif, c’est souvent une belle association.
Mais attention au piège inverse : plus on sort un berger longtemps et intensément, plus il construit son endurance et plus ses besoins augmentent. Le chien qu’on épuisait en une heure à six mois en demandera trois à l’âge adulte !
Un chien épuisé n’est pas un chien heureux, c’est juste un athlète qui s’entraîne. Le piège avec le berger c’est de s’adresser uniquement à son corps. Son cerveau a besoin de se dépenser autant que ses pattes et la dépense mentale est largement sous-estimé en général. Alors qu’en réalité 20min de recherche olfactive ou de tricks qui le font réfléchir seront bien plus fatiguant qu’une heure de canicross.
« Il est réactif parce qu’il est mal éduqué »
Non. Et ce n’est pas de la faute de ses humains non plus. C’est important de le comprendre, parce que cette idée génère beaucoup de culpabilité inutile.
La réactivité des bergers face aux vélos, aux enfants qui courent, aux autres chiens c’est le plus souvent l’instinct du berger qui s’exprime, comme un réflexe. Souvent les bergers qui sont mal à l’aise ou qui ont peur ont naturellement tendance à avoir des comportements offensif. Ils ne vont pas prendre le parti de fuir mais préférerons “affronter” le problème. Ce n’est pas un problème d’éducation, c’est l’expression de sa génétique.
Tout l’enjeu de l’éducation sera de répondre à son instinct vis à vis du mouvement, dans un cadre clair, avec des comportements adaptés (non, on ne peut pas poursuivre les enfants !).
Si ton border n’arrive pas à décrocher des vélos quand tu te balades au bord du lac d’Annecy c’est simplement qu’il cherche à rassembler. C’est tout ce qu’il sait faire avec cette énergie-là.
« J’ai un grand jardin, je peux avoir un border ! «
Faux débat. Ce n’est pas une question de surface, le jardin n’est qu’une pièce supplémentaire à la maison. Un berger peut très bien vivre en appartement si ses besoins physiques, mentaux et relationnels sont satisfaits. Un berger avec un grand jardin mais seul et sans interaction ne sera pas plus équilibré, il sera juste seul avec plus de place pour tourner en rond et trouver le moyen de combler ses besoins d’une façon non adaptée.
Un berger n’a pas forcément besoin de beaucoup d’espace. Il a besoin d’un humain présent, cohérent, et qui lui propose quelque chose à faire.
Vivre avec un berger : savoir s’adapter !
Lui donner quelque chose à gérer
Les bergers ont besoin d’avoir des missions, et de travailler mentalement, il est nécessaire de leur en donner au quotidien. Je te rassure tout de suite, pas besoin d’avoir des moutons sur ton balcon ! Le travail mental peut prendre différentes formes telles que faire de la recherche olfactive (nosework, mantrailing), apprendre des séquences complexes (tricks, dog dancing), sports canins divers (agility, frisbee, hoopers..). La pratique de sports canins et de différentes activités va aussi considérablement aider dans la relation avec chien/humain, les bergers ont besoin que le cadre soit clair et bien défini.
« Donnez-lui quelque chose à gérer. Il a été créé pour ça. Le reste suivra. »
Récompenser le calme, tout le temps.
Quand on a un chien d’un naturel très actif, on oublie souvent un point crucial : l’importance du calme et le besoin de repos. « Ne rien faire » est une tâche à part entière, et cela s’apprend. Si on fait l’erreur de penser que cela viendra tout seul en réalité ça n’arrivera jamais ! On récompense facilement quand le chien fait quelque chose (s’asseoir, revenir, rapporter) mais quasiment jamais quand il se pose. Pourtant c’est là que tout se joue. Quand ton chien se pose c’est le bon moment pour glisser une friandise discrètement. Sans en faire un événement, sans le regarder ou lui parler. Juste lui laisser l’opportunité de voir que se poser est une bonne idée puisque ça rapporte des friandises.
La cohérence, indispensable au quotidien
Nos bergers HPI absorbent tout, et ils apprennent tout le temps. Ils sont le reflet direct de la clarté (ou du flou) dans notre communication avec eux. Ils ont besoin que les règles soient ultra claires et cohérentes tout le temps, dans tous les contextes.
Et quand il capte du flou, il a deux options : développer de l’anxiété, ou trouver ses propres solutions. Et quand il trouve des solutions, ce sont rarement celles qu’on avait envisagées !
Avec un berger, l’incohérence ne passe pas inaperçue, elle peut rapidement devenir source d’anxiété.
Travailler avec l’instinct, pas contre
Plutôt qu’interdire le rassemblement, il faut plutôt lui apprendre à le canaliser et à le diriger sur quelque chose qui est OK. Plutôt que punir la fixation sur un vélo, On veillera à lui proposer une alternative qui répond au même besoin etc. On ne peut pas supprimer l’instinct d’un berger, on doit apprendre à notre chien de quelle façon et à quel moment il peut l’exprimer.
Tu as un chiot berger ? Quelques repères concrets :
Les conseils qui précèdent valent pour tous les bergers. Mais si le tien est encore chiot, voilà comment partir du bon pied.
- Supervise les temps de liberté : Un chiot, à fortiori un berger non surveillé en liberté quelque part, c’est un chiot qui s’entraîne à trouver des occupations tout seul. Son cerveau va à 1000 à l’heure, aucun doute qu’il va trouver de quoi s’occuper très rapidement et qu’il va oublier de se poser et de dormir. Le parc ou une barrière sont de supers outils pour lui éviter de prendre de mauvaises habitudes et l’aider à redescendre en pression.
- Anticipe plutôt que corriger : quand ton chiot croise quelque chose qui pourrait devenir un déclencheur (un vélo, un enfant qui court, un autre chien), c’est le bon moment pour faire apparaître une ressource positive. On n’attend pas que le comportement indésirable arrive pour réagir, on devance les situations complexes.
- Si ton chiot est particulièrement sensible, enrichir son quotidien avec des jeux d’exploration calmes peut faire une vraie différence. Ces chiots ont besoin de stimulation, mais une stimulation qui ne les emballe pas davantage.
L’objectif n’est pas de tout contrôler. C’est de lui apprendre que son environnement est prévisible, sécurisant, et qu’il n’a pas besoin de tout gérer tout seul.
Les races de berger : quelques profils
Ce n’est pas un groupe homogène, on trouve différents types de bergers qui travaillent et fonctionnent de façon différente. Certains vont vouloir rassembler les animaux (border par exemple) alors que d’autres voudrons les pousser (berger et bouvier australien..).
Border Collie, Berger Australien, Bouvier Australien, Kelpie, Berger des Shetland, Berger des Pyrénées, Bearded Collie, Colley : ils ont partie du même groupe mais leurs profils sont très différents. En revanche ils ont tous été sélectionnés pour travailler, bouger, collaborer avec l’humain. Mais l’intensité, la sociabilité, la sensibilité varient énormément.
- Border Collie : Le plus intense de tous, le plus à part aussi. Le border est une formule 1 qu’il faut savoir piloter. Il peut avoir des sensibilités aux bruits, aux mouvements et aux lumières. Il peut facilement avoir des comportements obsessionnels surtout s’il est sous-stimulé. C’est un chien qui demande un investissement quotidien important et une cohérence sans faille, et qui a un réel besoin de travail mental. C’est un compagnon incroyable mais qui n’est pas à mettre entre toutes les mains.
- Berger Australien : Très polyvalent, enthousiaste, il peut être excellent dans les sports canins. Son instinct de rassemblement est présent mais souvent plus accessible que chez le Border. Il sera par contre beaucoup plus facilement “rentre-dedans” que le border. Bon équilibre entre énergie et vie de famille si ses besoins sont respectés, à condition de venir d’un bon élevage avec une vraie sélection sur le caractère et le comportement.
- Bouvier Australien : Robuste et tenace, ils sont assez infatigables. Sélectionnés pour pousser des troupeaux de bovins et aller pincer les jarrets si nécessaire cet instinct peut malheureusement s’exprimer facilement dans sa vie quotidienne avec les enfants ou les autres animaux. Il a aussi été sélectionné pour tenir tête à de animaux de plusieurs centaines de kilos, il a donc facilement un côté un peu “tête brulée” qui peut être complexe à canaliser.
- Berger des Shetland : Berger petit format, souvent sensible à l’environnement il peut être facilement aboyeur. Il n’est pas rare non plus qu’il déclenche de la réactivité en fonction de sa sensibilité. Il aura besoin de beaucoup de prévisibilité dans son quotidien.
Sa petite taille et sa vivacité sont par contre des qualités indéniables pour les sports canins. - Berger des Pyrénées : Vif, agile, avec un caractère affimé c’est un petit clown caché sous ses poils. C’est un petit chien très intéressant, de format moyen. Il peut en revanche être plutôt sensible face aux inconnus et aura vite tendance à aboyer et réagir. Son instinct de conduite est plutôt prononcé également.
Ce qu’on ne te dira pas souvent
Le propriétaire idéal du berger, ce n’est pas forcément le triathlète qui sort 3h par jour. C’est surtout quelqu’un qui s’investit quotidiennement et qui est prêt à dépenser son chien physiquement et mentalement. La dépense mentale est un point crucial avec ce genre de chiens qui a besoin d’une mission dans sa vie pour être épanoui.
Avec ces chiens là encore plus qu’avec d’autres races, il est primordial de réaliser le bon casting à l’adoption. Sans cela on se retrouve vite dans une escalade de problématiques toutes plus difficiles à gérer les unes que les autres. Et souvent les bergers souffrent malheureusement d’un effet de mode, ils sont choisis parce qu’ils sont jolis et à la mode. Mais il existe un réel décalage entre ce qu’ils sont : des chiens sensibles avec de gros besoins de dépenses et ce qu’on en attend souvent : un chien qui patiente toute la semaine jusqu’aux balades du week-end.
On en parle ?
C’est ma chienne Java (berger australien) qui m’a poussé à me former et à devenir éducatrice. J’ai vécu avec elle une grande partie des problématiques qu’on rencontre avec un berger, c’est une grande partie de pourquoi je fais ce métier. Je connais ce quotidien de l’intérieur. Si tu veux qu’on regarde ensemble ce qui se passe chez toi, je suis là.