chiot qui mordille complicimots
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« Mon chiot mordille tout, j’aimerai qu’il arrête, comment faire ? » C’est souvent la première question qu’on me pose en séance avec un chiot. Et c’est souvent un faux problème. Le mordillement n’est pas un problème à stopper, c’est un symptôme. Il faut d’abord comprendre ce qu’il exprime pour savoir comment répondre.

Dans cet article, on ne va pas commencer par les solutions. On va essayer de comprendre ton chiot pour voir quelle réponse est la plus adaptée pour stopper ses mordillements.

Comprendre avant d’agir : 5 causes très différentes

Le mordillement n’est pas un simple comportement, c’est un symptôme qui peut avoir des causes très différentes. Un médecin par exemple ne prescrit jamais sans poser de questions : la même douleur pouvant venir d’une mauvaise digestion, du stress ou d’autre chose. Le traitement sera différent selon la cause, c’est la même chose pour les mordillements.

  • L’exploration : La gueule d’un chiot, c’est un peu comme les mains d’un enfant. Exactement comme un bébé qui porte tout à la bouche, votre chiot découvre le monde en mordillant. C’est sain, c’est normal, c’est nécessaire à son développement. Ce n’est pas un problème en soi c’est de la curiosité, c’est juste que ce n’est pas adapté à notre monde d’humain.
  • La dentition : Entre 3 et 6 mois, la dentition change et les dents de lait tombent, les gencives sont donc douloureuses. Comme pour les enfants, mordiller permet de soulager la douleur. Si ton chiot saisit tout dans sa gueule sur des matières variées, c’est souvent ce qui se passe. Ce n’est pas de la malveillance, c’est simplement qu’il a mal.
  • La fatigue, la cause la plus oubliée : Un chiot qui mordille frénétiquement après une longue période d’activité, en fin de journée, ou avec des zoomies incontrôlables est souvent un chiot épuisé. Surprenant non ? Exactement comme un enfant qui décharge le soir après une longue journée. Trop fatigué pour se calmer seul, il cherche une stimulation intense pour se décharger. Et souvent notre premier réflexe est de le dépenser encore plus pour le « fatiguer, ce qui empire les choses. En réalité tout ce dont a besoin le chiot à ce moment là c’est de se reposer. J’en parle dans cet article : Mon chiot est surexcité : et s’il était simplement trop fatigué ?
  • Le besoin d’attention et le jeu : Les chiots jouent entre eux en se bousculant, en se mordillant. Si ton chiot saute, aboie, te suit partout et mordille, il cherche à interagir, il utilise le même langage qu’il utiliserait avec sa fratrie. Il ne peut pas savoir qu’on ne joue pas de cette façon avec un humain. Il va falloir lui apprendre !
  • L’inconfort : stopper une interaction. Trop de bruit, trop de monde, une caresse qui dure trop longtemps, une manipulation qu’il n’apprécie pas et hop son premier réflexe sera probablement de mordiller pour que cela s’arrête ! C’est sa façon de te dire « arrête ». Si on ignore ce signal, il apprend qu’il doit mordre plus fort pour se faire entendre. C’est souvent ce qui arrive quand on veut mettre un harnais à son chiot. La seule solution dans ce cas, associer positivement les interactions ou manipulations en parallèle, pour que le chien tolère ces moments là et les apprécie.

« On ne traite pas ‘les pleurs’ d’un enfant, on cherche à comprendre pourquoi il pleure. Est-ce qu’il a faim ? Il est fatigué ? Il a peur ? Idem pour le mordillement. Le comportement est le même, la réponse doit être différente selon la cause. »

Tu vois le problème avec les réponses toutes faites comme « dis Aïe d’une voix aiguë et ignore-le » ? Cette technique ne répond qu’à une seule de ces 5 causes. Pour les autres, elle est inutile voire carrément contre-productive puisqu’on ne répond pas au besoin du chiot à ce moment là. Et si son besoin n’est pas comblé, aucune chance qu’il arrête !

Ce qui marche… et pourquoi ça dépend !

La technique « Aïe » : nuancée, pas universelle

Sur un chiot qui mordille par jeu, ça peut fonctionner. Le bruit soudain reproduit la réaction d’un congénère qui a mal est un signal qu’il comprend instinctivement. Mais attention : le « Aïe » seul ne suffit pas. Il doit être suivi d’une conséquence immédiate : stopper le jeu et et quitter l’interaction. Sans ça, ça n’a pas tellement de sens. Le chiot ne parle pas français et le mot « Aïe » ne veut rien dire pour lui.

Sur un chiot épuisé ou en surexcitation, un bruit fort peut au contraire aggraver la situation. La technique n’est pas bonne ou mauvaise en soi, elle est adaptée ou non à ce que vit ton chiot à ce moment précis.

Ignorer le chiot : parfois l’effet inverse

Si ton chiot mordille pour attirer ton attention, retirer cette attention fonctionne généralement. Pas de regard, pas de contact, on se lève calmement et le comportement va s’éteindre progressivement.

Mais si ton chiot mordille parce qu’il est épuisé ou anxieux, l’ignorer ne l’aide pas à se réguler. Au contraire même, il va sans doute augmenter en intensité pour obtenir une réponse. Et tu obtiens exactement l’inverse de ce que tu espérais.

Dans ce cas, le chiot n’a pas besoin d’être ignoré, il a besoin d’une pause dans un espace calme. L’équivalent d’une sieste pour un enfant qui est épuisé. Un chiot a un cerveau immature, exactement comme un jeune enfant. Il a besoin qu’on l’accompagne dans le repos, il est souvent incapable de se poser tout seul. Apprendre à être calme et à se reposer est l’une des première compétence que je travaille dans mes accompagnements.

Ce qu’on évite absolument

  • Jouer avec les mains comme si c’était des jouets : aucune chance qu’il comprennent qu’il ne doit pas les mordiller du coup. On joue uniquement avec des jouets !
  • Laisser tous les jouets en libre-service. Un jouet disponible en permanence n’a aucune valeur. C’est comme une console de jeux accessible 24h/24 : l’enfant s’en lasse et cherche autre chose.
  • Tendre un jouet dès que le mordillement commence, sur la laisse ou ailleurs. Ton chiot apprend alors que mordiller est le bouton qui déclenche le jouet. Anticipe avant que ça commence.

La réponse adaptée à chaque cause

Une fois qu’on a compris quelles peuvent être les causes de ce comportement, voici quelques pistes pour adapter la réponse selon la situation.

Si ton chiot est fatigué : Tu peux le mettre dans le parc, à tes pieds en laisse ou dans un espace de repos. Éventuellement tu peux lui donner un jouet à mâchouiller pour l’aider. Et on évite de le stimuler et de lui parler, il a besoin de repos.

Si il a mal de dents : Tu peux lui donner des jouets à mâcher avec des matières différentes ou des mastications naturelles (oreilles de porc, sabot de veau etc) . L’objectif : soulager la gencive avec quelque chose d’approprié.

S’il a besoin d’attention/envie d’interaction : Pense à faire une vérification : a-t-il faim ? Besoin de sortir ? D’une promenade ? Si le besoin est réel, il faut que tu y répondes. S’il recherche de l’attention, ne lui réponds pas à ce moment là. Le mordillement ne doit pas devenir un moyen d’obtenir une interaction. Attends qu’il se calme et propose lui ensuite un petit moment d’interaction.

S’il veut jouer : Repousse le ou sors de l’interaction tant qu’il demande à jouer de cette façon. Attends qu’il s’assoit pour lui proposer de jouer avec toi avec un jouet long au sol. S’il en vient à te mordiller tout de même : on interrompt le jeu et on s’éloigne. On construit la valeur des jouets en amont, jouer correctement ça s’apprend !

Si c’est lié à un inconfort dans une interaction/manipulation : On cesse immédiatement ce qu’on faisait. On identifie ce qui a gêné le chiot et on l’évite la prochaine fois. Écouter ce signal tôt évite qu’il monte en intensité. Par contre en parallèle il faudra évidemment positiver le type de manipulation qui a posé problème.

« L’éducation, c’est 80% de prévention et 20% de réaction. Pas l’inverse. »

Chiot et enfants : deux apprenants dans la même maison

Les enfants ne font pas exprès de provoquer le mordillement. Ils ne savent simplement pas encore comment interagir avec un chiot tout comme le chiot ne sait pas encore comment interagir avec eux. Les deux apprennent en même temps, c’est normal mais ça ne rend pas toujours les choses faciles.

Ce qu’on explique aux enfants

Pas de jeux directement avec les mains, on se sert toujours d’un jouet. Pas de course en criant devant lui : ça risque de déclencher l’instinct de poursuite à coup sûr. Si le chiot commence à s’exciter, on se lève calmement, on arrête et on s’en va (=on change de pièce !). Pas de cri, pas de geste brusque. La règle d’or : le calme appelle le calme.

chiot qui mordille enfant

Ce qu’on met en place côté organisation

Les premières semaines, pas de jeu libre entre le chiot et les enfants sans un adulte pour superviser. Et quand je parle de superviser j’entends un adulte disponible pour intervenir immédiatement, pas un adulte occupé à faire quelque chose qui réclame sa concentration. Personne ne laisse deux enfants 18 mois jouer sans surveillance, simplement parce qu’ils n’ont pas intégré les limites et ce qui peut faire mal à l’autre. C’est exactement la même chose ici.

« Un chiot n’est pas dangereux pour un enfant. C’est simplement qu’il est en train d’apprendre les règles humaines au même moment que les enfants apprennent les règles canines. Ça demande juste un peu d’organisation. »

Quand consulter un professionnel ?

Les signaux normaux

Un chiot doit être facilement redirigeable vers un jouet, il va pouvoir mordiller fort parfois mais sans que le corps soit raide et sans grogner excessivement (le grognement est normal dans le jeu, pas de panique !). Les mordillements vont diminuer naturellement, avec les ajustements que tu vas faire dans ton quotidien et simplement parce que ton chiot va grandir.

Les signaux qui méritent un regard professionnel

Si par contre les mordillements ne font que s’intensifier malgré tes ajustements, si ton chiot se met à grogner en dehors du jeu, avec un corps rigide cela nécessite d’être écouté. Cela ne veut pas dire que c’est grave ou que ton chiot est “méchant”, mais cela nécessite d’être pris en compte et mieux vaut toujours prévenir que guérir.

En dehors de ces signaux : si tu as le sentiment de tourner en rond, de ne pas y arriver ou que tu ne sais pas/plus comment lire ton chiot fais-toi accompagner par un professionnel. Cela peut t’aider à construire une relation solide. Je t’ai écris un article sur le sujet juste ici : Pourquoi se faire accompagner avec son chiot dès le départ ?

Les mordillements, c’est souvent ce qui fait douter les familles les premières semaines. On se demande si on fait bien, si ça va passer, si le chiot est ‘normal’. La réponse est presque toujours oui et non, tu n’as rien raté.

Si cette période te pèse plus que prévu, tu te sens dépassé, épuisé, ou que la cohabitation semble plus difficile que tu l’imaginais, sache que tu n’es pas seul(e) ! Ce sentiment existe chez beaucoup de propriétaires de chiots. Tu peux lire l’article que j’ai écrit sur Le puppy blues, quand tout ne se passe pas comme prévu

Ton chiot n’essaie pas de te rendre la vie difficile. Il communique avec les seuls outils qu’il a. Ton rôle n’est pas de le stopper, c’est d’apprendre à le lire. C’est un tout petit déplacement de regard. Mais quand ça devient une conversation plutôt qu’un combat, tout le reste devient plus simple. »