Le puppy blues, quand tout ne se passe comme prévu
« Personne ne m’avait prévenu… »
Au cours de chaque accompagnement chiot, j’aime rappeler qu’adopter un chiot, c’est dur. On ne va pas se mentir : même si c’est un concentré de mignonnerie, la réalité est souvent loin d’être évidente.
On se sent fatigué, épuisé de devoir surveiller cette petite boule de poils en permanence pour limiter les bêtises… ou plutôt les expériences. Anticiper ses besoins demande beaucoup d’énergie.
Souvent, mes clients me disent qu’ils se sentent un peu vampirisés, comme si ce petit chien leur prenait toute leur énergie. Ils ont le sentiment de ne plus avoir de liberté. Ils doutent aussi, beaucoup : peur de mal faire, de ne pas en faire assez, ou parfois trop. Et puis il y a la culpabilité : puisqu’ils ont choisi ce chien, ils devraient être heureux… non ?
La réalité, c’est que tout n’est pas si simple. Traverser ces émotions est normal et humain. Presque tous les propriétaires passent par là, avec une intensité différente.
Si tu vis ça, tu n’es pas seul(e). Et ça porte un nom : le puppy blues.
Le puppy blues : une réaction normale après l’arrivée d’un chiot
Le puppy blues est une période de doute, de fatigue et parfois de découragement que certaines personnes ressentent après l’arrivée d’un chiot à la maison.
Au lieu de ne vivre que de la joie, on peut se sentir dépassé, irritable, épuisé, voire regretter son choix. Le manque de sommeil, les accidents dans la maison, les mordillements et l’attention constante que demande un chiot peuvent créer un vrai décalage entre l’image rêvée et la réalité.
C’est une réaction plus fréquente qu’on ne le pense — et surtout, elle ne signifie pas qu’on n’aime pas son chien ou qu’on est un “mauvais” adoptant. Ce n’est pas un échec ou un manque d’amour.
J’observe que très souvent, il est en lien avec nos attentes d’humains. On a rêvé de ce chien, on a projeté des tas de choses, imaginé 100 fois ce qu’on allait vivre ensemble. Et finalement rien ne se passe tout à fait comme prévu.
SPOILER : C’est NORMAL ! L’arrivée d’un chiot est souvent un véritable tsunami.
Pourquoi l’arrivée d’un chiot ressemble à un tsunami
En réalité, quand on s’imagine avec un chien, on se projette souvent avec un adulte, sans penser qu’un chiot aura des besoins très différents. Cela crée un vrai décalage entre nos attentes et la réalité.
C’est d’ailleurs pour cette raison que je parle souvent de l’importance de réfléchir au projet d’adoption avant même l’arrivée du chiot. Prendre le temps d’anticiper certaines réalités évite beaucoup de surprises une fois le chien à la maison. J’en parle plus en détail dans cet article sur l’accompagnement pré-adoption
Un chiot est un jeune mammifère au cerveau immature, totalement dépendant de nous pour manger, sortir, explorer, apprendre. Avoir un petit être dépendant de soi est une expérience émotionnellement intense : on peut vite se sentir oppressé ou privé de liberté, parce que ses besoins passent avant les nôtres.
S’ajoute à cela le manque de sommeil, les sorties nocturnes, les ajustements permanents. On vit un peu à son rythme, comme avec un enfant.
Et puis, même s’il est le plus mignon du monde, un chiot a… un comportement de chiot : il ne se retient pas encore, découvre le monde avec sa bouche, peut pleurer, mordiller, tester. Les règles humaines n’ont aucun sens pour lui au départ.
Résultat : on peut vite être à bout de patience. Et c’est parfaitement normal.
Tu n’es pas seul(e) : beaucoup de familles vivent ça
Si tu vis ça ou que tu as vécu ça à l’arrivée de ton chiot j’ai une bonne nouvelle, tu n’es pas seul(e) ! C’est comme avec la parentalité, il existe un espèce de tabou sur le sujet. J’ai l’impression qu’on part du principe que parce qu’on a fait un choix volontaire (adopter un chiot ou faire un enfant) on aurai pas le droit de trouver ça difficile.
J’avoue que c’est un concept qui me dépasse. Il existe des tas de choses qu’on choisit consciemment et qui sont pourtant difficiles. Cela ne remet pas nos choix en cause pour autant. Par exemple, je déteste le sport et je me suis mise au running récemment. A chaque fois que je cours je me demande pourquoi je fais ça, pourquoi je m’inflige ça alors que je galère. C’est un vrai choix de ma part, je le fais pour être en meilleure forme physique. Il n’empêche que se mettre au sport à l’âge adulte c’est difficile, que je le savais et que je continue.
Adopter un jeune chien a beau être un choix pleinement conscient, ça n’en reste pas moins difficile.
Je pense qu’il est important d’oser en parler, de briser le tabou sur le sujet et de partager son ressenti. Les réseaux sociaux nous vendent une image de rêve, lisse et artificielle. On a beau savoir que ce n’est pas la réalité, on tombe tous dans le panneau. On se fait tous avoir par les jolies photos, qui ne montre qu’une image édulcorée et valorisante où Priscilla vit sa meilleure vie avec Caramel son magnifique chiot golden de 3 mois. La vérité c’est qu’on ne voit pas que Priscilla dort 5h par nuit et essuie des pipis toutes les 30 min en suivant Caramel avec sa microfibre et son produit nettoyant. Mais Priscilla vit sans doute la même chose que toi.
Combien de temps dure le puppy blues ?
La bonne nouvelle dans tout ça c’est que le puppy blues va passer et ne sera un jour qu’un lointain souvenir. Dans le même temps ton chiot va grandir, il sera bientôt capable de rester seul quelques heures, de se retenir plus longtemps, il aura compris que tes chaussures ne sont pas des trésors à mâchouiller.
La durée du puppy blues varie d’une famille à l’autre, d’un chien à l’autre (tous les chiens n’ont pas la même intensité ni la même énergie !). Toutefois j’ai pu observer que le soutien des proches et l’accompagnement des humains pouvaient largement contribuer à réduire voire diminuer le puppy blues.
Ce qui aide vraiment à traverser cette période
Le regard que l’on pose sur soi va être déterminant pour traverser cette phase de la façon la plus sereine possible.
La première chose c’est à mon sens de baisser nos propres exigences, d’accepter de ne pas tout réussir. Aujourd’hui la connaissance est accessible et disponible partout. Et il y a fort à parier qu’après 3 recherches google sur les chiots les merveilleux algorithmes ne te proposent que des articles, posts et vidéos sur le sujet. Et une fois saturé d’infos il est encore plus difficile de ne pas se noyer.
La première chose à faire est donc de prendre du recul et de souffler un bon coup. Tu as fait et tu feras encore des erreurs avec ton chiot. C’est normal. Il m’arrivera exactement la même le jour où je reprendrai un chiot. Alors que c’est mon métier. C’est la vie, on se trompe, on essaye, on apprend.
Il ne faut pas non plus hésiter à demander de l’aide, à se faire entourer et accompagner si nécessaire. Cela peut aider à se sentir moins seul(e), moins dépassé(e) par la situation. S’entourer de proches bienveillants, qui écoutent, comprennent parfois et sont disponibles pour prendre le relais est sans aucun doute un détail qui peut faire toute la différence durant cette période délicate.
Se faire accompagner par un éducateur (bienveillant avec le chien ET avec l’humain !) correctement formé sur le chiot peut aussi représenter un soutien très précieux. Parce que google et chatgpt ne seront jamais la solution pour répondre à des problématiques d’humains, avec des êtres vivants. Et qu’ils n’apporteront jamais la compassion et la chaleur humaine que peuvent procurer l’échange entre deux humains.
Sans compter qu’internet regorge de conseils contradictoires. Aujourd’hui n’importe qui peut partager son “expertise” sur n’importe quel sujet et démêler le vrai du faux est parfois une tâche plus difficile que d’apprendre la propreté à un chiot !
Se faire accompagner : un vrai soutien pour les humains aussi
Faire appel à un professionnel peut être un vrai game changer dans la façon de vivre l’arrivée de son chiot. Un éducateur correctement formé sera là pour t’apprendre à créer une relation de confiance avec ton chien, à poser un cadre clair selon les priorités que vous aurez défini ensemble.
Et puis surtout un éducateur canin accompagne en premier lieu l’humain, et il pourra t’apporter un soutien précieux d’un point de vue émotionnel, pour t’aider à traverser ce tourbillon d’émotions.
Ça ira mieux, vraiment
Bref, tu l’auras compris : vivre un puppy blues, c’est normal. Ton chiot n’est pas un problème. C’est juste… un chiot, qui fait des choses de chiot dans un monde d’humains.
La bonne nouvelle, c’est que cette période ne dure pas. Petit à petit, ton chiot va grandir, comprendre vos habitudes, trouver sa place. Et toi aussi, tu vas gagner en confiance. Ce qui semble aujourd’hui épuisant deviendra un jour une anecdote que tu raconteras avec le sourire.
Le lien ne se crée pas en un jour. Il se construit dans le quotidien, dans les erreurs, dans les ajustements, dans les moments de doute… et surtout dans la persévérance.
Alors si tu traverses ça aujourd’hui : respire. Tu fais sans doute déjà mieux que tu ne le penses.Et promis, ça ira mieux.
Se faire accompagner dès les premiers mois permet souvent de mieux traverser cette période et d’éviter l’installation de difficultés. J’en parle plus en détail dans mon article sur l’accompagnement chiot à Annecy.