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Késaco ?

Les chiens de protection des troupeaux (ou CPT) désignent les chiens de travail destinés à protéger les troupeaux des prédateurs. Ils peuvent être mélangés à différentes espèces animales : ovins, caprins, bovins, équins ou même volailles. Leur présence est dissuasive et défensive dans des contextes de prédation par le loup et l’ours principalement, mais également dans les cas de malveillance humaine.

En France les chiens de protections des troupeaux (=CPT) sont très présents depuis le retour du loup dans les Alpes et de l’ours dans les Pyrénées.

Leurs spécificités

Les chiens de protections peuvent être de nombreuses races différentes. Les plus connues sont le Patou ou Montagne des Pyrénées et le berger d’Anatolie ou Kangal.
D’autres races sont également utilisées : berger des Maremmes et des Abruzzes, Cao de Gado, Mâtin Espagnol etc.

On note certaines différences comportementales selon les races utilisées. Certaines comme le Kangal sont très actives et ont tendance à patrouiller loin du troupeau alors que d’autres sont plus tranquilles et restent au coeur du troupeau comme les Patou ou les Mâtins espagnols.

Les chiens de protection sont de type molossoïdes, et de gros gabarit (plus de 40 kg en moyenne). Ils ont souvent une tête ronde et des oreilles pendantes.

Contrairement aux chiens de conduite qui ont été sélectionnés et façonnés par l’humain pour travailler pour et avec le berger, les chiens de protection ont été sélectionnés pour travailler de façon autonome et prendre leurs propres décisions. Ce sont des chiens qui travaillent 24h/24 et qui vivent en permanence avec le troupeau. Ils côtoient finalement bien plus les animaux qu’ils gardent que leurs humains !

Leur mission

Ces chiens ne sont pas introduits dans les troupeaux par plaisir. Leur utilisation entraîne une surcharge de travail considérable pour l’éleveur : temps à leur consacrer pour l’éducation et la familiarisation, soins quotidiens et nourrissage, pédagogie avec les clients ou les usagers de la montagne etc. La majorité des éleveurs ou bergers qui utilisent des CPT le font parce que la pression de la prédation est importante. Certains se retrouvent ainsi contraints d’avoir un ou des chiens au quotidien alors même qu’ils n’ont pas d’affinité avec cette espèce-là. Un peu comme si on forçait un humain lambda à devenir propriétaire de chien pour protéger sa maison contre les malfaiteurs.. alors même qu’ils n’aiment pas les chiens.

Bien évidemment de nombreux agriculteurs, éleveurs et bergers aiment l’espèce canine, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! 😉 Il faut simplement garder à l’esprit que pour beaucoup c’est un choix « par défaut », pour se prémunir contre quelque chose qui menace leur travail.

Leur mission est donc de protéger les troupeaux et de dissuader (voir combattre, en dernier lieu) les intrus de s’approcher des animaux. Pour cela les CPT vivent H24 avec le troupeau qu’ils protègent. Contrairement aux chiens de conduite (type border collie, précieux appui du berger) ils travaillent en permanence. Leurs seuls moments de véritable repos sont souvent les moments où le troupeau est à proximité du chalet d’alpage ou du berger.

Dans les zones à forte prédation, les chiens sont souvent très sollicités la nuit, car c’est souvent le moment que choisi le loup pour attaquer (bien que les attaques en plein jour se multiplient). Il n’est donc pas rare que ces chiens soient en manque de sommeil et donc, soient plus susceptibles parce que fatigués. Un peu comme nous après une nuit blanche ou avec peu d’heures de sommeil au compteur (coucou les jeunes parents !).

Est-ce que ça fonctionne ?

Oui, la présence de chiens de protection permet de réduire les attaques mais elle ne permet pas de les éviter complètement. A ce jour, aucune mesure ne permet d’éviter les attaques.

Les loups sont des animaux capables de s’adapter et d’élaborer de véritables stratégies de chasse. Il n’est pas rare qu’un loup occupe les chiens de protection d’un côté du troupeau pendant que le reste de la meute s’en prend aux animaux non surveillés à l’autre extrémité !
Le nombre de loups présents a un fort impact sur la prédation. Face à une meute de loups, il faudrait autant de chiens de protection en face pour défendre le troupeau… en théorie !
Dans la pratique c’est une règle bien difficile à mettre en place. Gérer des meutes de chiens de protection n’est pas sans contrainte pour les éleveurs et les usagers du territoire à proximité du troupeau. Et les meutes grossissent ou diminuent régulièrement, il est impossible d’ajouter ou de retirer des chiens sans cesse pour faire face à cette contrainte.

Les chiens de protection ne sont pas LA seule et unique solution pour se protéger du loup ou de l’ours mais c’est une de celles qui fonctionne le mieux, lorsqu’elle est couplée à d’autres techniques.
Les éleveurs combinent en général plusieurs moyens pour se protéger : parcs de nuits, présence d’un aide-berger, rentrer les animaux la nuit…
Malgré tout, AUCUNE solution n’est efficace à 100%. Le loup s’adapte et toutes les solutions ne sont pas envisageables selon les contextes.

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Le collier en cuir et à pics présent sur cette chienne Kangal est destiné à protéger le cou du chien en cas d’attaques du loup.

Et le loup dans tout ça ?

On compte aujourd’hui environ 1000 loups en France environ. Son retour en France a été constaté officiellement en 1992, dans les Alpes. Les premiers loups semblent être venus naturellement d’Italie avant de coloniser peu à peu la France et l’ensemble du territoire français.

A ce jour le loup est un animal protégé qui ne peut être abattu que dans un contexte de tirs dérogatoires, accordés par les services de l’Etat suite à des attaques. Le prélèvement d’un loup ne peut être fait que par des personnes habilitées.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez creuser le sujet des chiens de protection, vous pouvez consulter les ressources suivantes :

  • J’ai eu la chance d’enregistrer un podcast avec Claire Gerboud de La Niche aventure sur le sujet, on y parle chiens de travail en montagne. J’aborde notamment la différence entre chien de conduite et chien de protection. Je vous partage également le bon comportement à adopter face à des chiens de protection, et comment gérer cette situation avec son chien de compagnie. L’épisode est disponible sur toutes les plateformes d’écoute et également sur youtube.
  • Le film « Rasco et nous« , disponible sur Youtube qui explique la mise en place d’un chien de protection au sein d’un troupeau et tout ce que cela signifie pour l’éleveur.
  • Le livre de Mathieu Mauries, « Le montagne des Pyrénées« . Il parle donc principalement de cette race de chiens mais donne également un bon aperçu du travail et de la sélection à réaliser.
  • Le site Pasto Kézako fait un super boulot de vulgarisation sur le pastoralisme et consacre toute une rubrique aux CPT : à lire d’urgence !
  • J’ai également écrit mon mémoire de fin de formation de comportementaliste sur la question, je peux vous l’envoyer par mail sur demande. 🙂