pipo java modif

A noter que cet article est directement issu de ma propre expérience avec 2 chiens réactifs et fait appel aux témoignages et échanges avec mes clients, humains de chiens sensibles et/ou réactifs.

Vivre avec un chien réactif, c’est difficile. Mais genre vraiment. Parce que ce n’est pas seulement gérer ses aboiements ou ses réactions imprévisibles, non, c’est porter un poids invisible dans le quotidien, souvent méconnu de l’entourage.

Quel que soit le genre de réactivité vivre avec un chien réactif engendre un stress important et une vigilance constante, qui sont épuisants pour l’humain.

Si c’est votre cas vous n’êtes pas seul(e). Nous sommes nombreux à vivre cette situation tous les jours.

Quelle est la charge mentale lié à un chien réactif ?

La réactivité, petite explication

La réactivité se traduit par des réactions excessives face à certains stimuli : coonégnères, humains, véhicules ou objets, bruits etc. Elle peut se traduire par différents comportements : charger, aboyer, grogner mais aussi fuir ou éviter.

La réactivité est multi factorielle, elle est résultat de la génétique du chien, de ses expériences passées, de ses apprentissages mais aussi d’éventuelles douleurs ou inconforts physiques. Ce n’est pas seulement une caractéristique du chien, c’est bien souvent son seul mode de réponse face à un environnement donné.

La charge mentale et ses conséquences

Vivre avec un chien réactif implique pour l’humain d’être relativement flexible et adaptable alors que son chien manque en général totalement de résilience et de flexibilité.
Parce que notre chien n’est pas capable de s’ajuster et de tolérer certains stimuli ou certains environnements cela implique que nous nous adaptions au maximum pour réduire la manifestation de comportements indésirables.
Concrètement, cela a des conséquences importantes pour l’humain : stress permanent, scan constant de l’environnement et adaptation partielle ou totale de sa vie quotidienne (choix des horaires, des parcours ou lieux de balades les plus adaptés etc).

Qui n’a jamais fait du repérage sur de nouveaux lieux de balade en passant plusieurs fois AVANT d’y aller avec son chien pour être sûr que l’endroit soit safe et sans trop de déclencheurs ? Je vous comprends, j’ai fait pareil de nombreuses fois.

Personnellement il m’est arrivé, et il m’arrive encore de ne faire que certains circuits de balades, durant plusieurs semaines parce que je sais qu’ils sont suffisamment dégagés ou sécuritaires pour gérer mon chien. Et puis bon, faut dire que Pipo (le chien de mon conjoint), réagissait sur un chien à plus de 500m de distance au début. Alors trouver des espaces suffisamment dégagés pour repérer des chiens si loin c’est plutôt compliqué !
De simples sorties hygiéniques se transforment rapidement en parcours du combattant et en demi-tour éclaire parce qu’on aperçoit Papy Michel et Tartine au bout de la rue et que ça annonce une partie de catch canin !

Je souligne toujours à mes clients à quel point cette vigilance et cette organisation demandent une énergie considérable au quotidien.

Ce qui est difficile au quotidien

Incompréhension de l’entourage

J’ai très souvent entendu autour de moi que “j’en faisais trop”, que c’était pas si terrible si mes chiens aboyaient sur d’autres chiens ou les chargeaient, qu’ils communiquaient simplement. Ben oui, mais non. Mes clients me disent la même chose, ils se sentent souvent seuls et très incompris.

Avoir un chien réactif c’est passer pour le parent relou qui trouve que son enfant est spécial. Sauf que le chien est réactif EST spécial, au sens où il a des particularités. Ce n’est pas extrapoler ou en rajouter, c’est factuel.

Et souvent l’entourage ne comprend pas tellement (n’écoute pas tellement ?) ce que vivent les proprios de chiens sensibles. Parce que les proches n’ont pas forcément les connaissances pour comprendre ce que ça implique, pour nous, pour notre chien et pour les autres. Notre vécu est souvent minimisé et c’est vraiment dur à vivre.

Si vous avez un proche qui vit avec un chien réactif, écoutez le vraiment, demandez lui réellement comment il/elle vit la situation. Et vous serez sans doute surpris de voir à quel point cela peut représenter un poids dans sa vie.

Chien réactif annecy seynod

À quoi ressemble cette charge mentale ?

L’organisation des sorties et balades avec un chien réactif c’est tout une histoire ! Ça demande à la fois beaucoup d’anticipation et d’organisation pour trouver le meilleur lieu, le meilleur créneau, le caler dans l’emploi du temps etc et beaucoup de lâcher prise parce que clairement, c’est en général à ce moment précis que la vie décide de nous challenger ! Genre en nous envoyant Loulou, le chien de la voisine qui a zéro rappel (le chien, pas la voisine !) et qui ne repartira voir sa maîtresse qu’après 12 rappels et 3 “Oh la la tu n’écoutes rien ! viens iciiiii!” de sa part.

Avant la sortie, on se prépare en mode commando en vérifiant tout 10 fois : longe OK, friandises OK (comme si les friandises allaient nous aider à ce moment là… on y a tous cru à un moment donné !), horaire OK… La check list est digne d’un départ en vacances, ou presque.
Et puis on oublie pas non plus de se conditionner, de se préparer mentalement à ce qu’on va vivre et qui sera très probablement surprenant ! Personnellement, j’ai passé des mois à redouter les balades avec mes chiens. Parce qu’à chaque fois je savais qu’il y aurait des surprises (pas forcément bonnes !) et des imprévus à gérer.

Durant la sortie là aussi difficile de se détendre, je me revois passer mon temps à scanner l’environnement, à anticiper chaque virage en tendant l’oreille pour essayer de deviner si quelqu’un arrivait et risquait de nous surprendre. Finalement je devenais aussi réactive que mes chiens..
Les balades avec eux ont mis mes nerfs à rude épreuve, c’était une vraie école de gestion de mes propres émotions. Et puis si on va au bout de l’idée, comment leur demander de gérer les leurs si je ne suis pas en capacité de gérer les miennes ?

Et enfin, en rentrant à la maison je pouvais passer des heures à me repasser certaines scènes en boucle, à refaire dans ma tête le déroulé de chaque accrochage, de chaque petit moment compliqué pour refaire le film et trouver ce que j’aurai du mieux faire. La vérité c’est que je me suis torturée longtemps comme ça pour rien. Ce n’était pas ma faute, ni celle de personne.

J’ai aussi beaucoup vécu de culpabilité, et peut être encore plus depuis que je suis professionnelle dans le monde canin. Parce que je me disais que j’étais forcément “nulle” ou “pas assez compétente” si je n’arrivais pas à faire progresser mes chiens. Que si ils en étaient là c’était forcément à cause de moi. En réalité je crois que c’est se donner bien trop d’importance. Comme je le disais au départ de cet article, la réactivité dépend d’une multitude de facteurs. Et c’est précisément pour ça que ce n’est pas si simple à travailler.

Trouver des ressources pour s’alléger.

On dit à souvent dans la parentalité qu’il faut tout un village pour élever un enfant. En réalité je suis persuadée que c’est presque la même chose pour vivre avec un chien réactif. Cela demande tellement de ressources, une telle vigilance permanente que trouver des ressources devient primordial pour se décharger.

Avoir des personnes ressources, capables de prendre le relais avec notre chien pour les sorties ou des gardes ponctuelles est un point essentiel. Parfois ça fait du bien de souffler et de pas avoir à se préoccuper de son chien durant quelques heures/jours.
Personnellement il m’est arrivé de passer le relais à mon conjoint durant plusieurs jours pour les sorties, parce que je n’arrivais plus à gérer émotionnellement, chaque sortie était source d’épuisement. Et à chaque fois que j’ai pu le faire je note à quel point j’ai pu ensuite être contente de les “retrouver” à nouveau.

Se faire accompagner par un professionnel bienveillant me parait indispensable. Faire évoluer seul(e) son chien réactif est assez utopique à mes yeux. Non pas par manque de compétences forcément, même si gérer de la réactivité demande de la finesse et des compétences cela peut être parfaitement faisable pour un propriétaire averti. C’est plutôt l’aspect émotionnel qui rend la chose délicate. Avec notre chien on a forcément de l’affect qui rentre en compte, on sera forcément touché par ses réactions.
Je me suis faite accompagner pour travailler sur la réactivité de mes chiens. Parce que je manquais certes un peu d’outils, mais surtout parce que mon émotionnel brouillait tout. J’avais besoin que quelqu’un puisse m’accompagner et m’aider à faire la part des choses. Et puis parce que le travail sur la réactivité est parfois long et ingrat, c’était important pour moi d’avoir quelqu’un qui avait du recul sur la situation et pouvait pointer du doigt mes faiblesses et souligner nos progrès.

Dans tous les cas, que ces personnes ressources soient des proches ou des professionnels, il est important que vous soyez entourés de personnes bienveillantes, qui vous apporteront un soutien émotionnel.

Vous n’êtes pas seul(e)

S’il y avait une seule chose à retenir de ce long roman article : vous n’êtes pas seul(e).

Même si votre quotidien actuel ressemble à une longue traversée du désert, même si vous avez l’impression que tout est compliqué et que vous n’y arriverez jamais ce n’est pas vrai.

La réactivité canine et la charge mentale associée concernent de nombreux chiens et leurs humains. Ce que vous vivez est légitime. C’est déjà difficile d’avoir un chien dans notre société actuelle, qui n’est pas franchement dog friendly mais avec un réactif tout est plus complexe.

En conclusion

La charge mentale liée à un chien réactif est réelle, légitime et épuisante, mais elle n’est ni un échec ni définitive.

Avec compréhension, accompagnement et ressources adaptées, il est possible de retrouver un équilibre, pour vous et pour votre chien.

Pour échanger avec d’autres personnes confrontées aux mêmes difficultés, je propose des cercles de paroles pour les propriétaires de chiens réactifs. Ces rencontres sont un espace bienveillant pour partager vos expériences, poser vos questions, et surtout alléger ensemble le poids invisible du quotidien.
Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter pour en savoir plus ou rejoindre le prochain cercle.

Votre vécu compte, et il mérite d’être entendu.